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Interview exclusive / Ricky Tulenge : Le joueur inspiré au penalty joué en deux temps.

Il est l'une de dernières recrues de l'AS V.Club cette saison et n’aura pas mis longtemps avant d’éclabousser la Vodacom Ligue 1, mais aussi la RDC de son talent. Ricky Tulenge Sindani a intégré le groupe de Florent Ibenge en début de l'année 2020 et n'y a joué, à peine, trois matches sous ses nouvelles couleurs avant que le covid-19 ne paralyse   tout sur toute planète. Le nouveau chouchou des verts et noirs fait preuve d’une énorme maturité, lui sui connait parfaitement le championnat d’élite congolais.

Dans cet entretien nous accordé, le néo-dauphin noir revient sur le début de sa carrière au sein de l'AC Kuya du Président Jeannot Binanu, à l'Entente urbaine de Kinshasa Lipopo et sur son passage au SC Arc-en-ciel avec son unique titre à l'Epfkin en 2014. Ricky s'est refusé d'ouvrir les pages de certains transferts qu'il a connus dans sa carrière sportive. Entre temps, avec beaucoup d'intérêt, il parle du penalty en deux temps qui a permis à Fiston Kalala Mayele de marquer le 2ème but de la victoire de V. Club devant le CS Don Bosco par 2-0. A ses dires, il s'est inspiré de Lionel Messi qui, de la même manière, a mis Luis Suarez en exergue.

Issue d'une famille de six enfants dont trois garçons et trois filles, Ricky Tulenge est né de l'union entre Sindani, son père, encore en vie et Tulula, sa mère, décédée depuis déjà un an. Marié et père d'un garçon et d'une fillette, Ricky Tulenge adore les légumes, « très riches », estime-t-il pour sa carrière sportive.

Dans quelle équipe Ricky Tulengi Sindani a-t-il commencé le football ?

Ricky Tulengi Sindani (RTS) : Comme tous jeunes kinois, j'ai commencé à flirter avec le football dans la rue. Mais j'ai signé ma première licence au sein de l'AC Balayi de la commune de Lemba, mieux du quartier Livulu. Ensuite, j'ai rejoint l'équipe de La Grâce du président Ndoba de la commune de Bumbu, club de 3ème division de l'Entente Malebo, avant d'accéder en 2ème division.

Comment avez-vous atterri dans l'AC Kuya ?

RTS : Le Président Jeannot Binanu m'avait acquis par délaissement, car j'étais un joueur libre. J'évoluais dans une équipe des juniors de la commune de Limete. Mais, j'avais décidé, pour des raisons personnelles, d'arrêter un moment parce que je n'avais plus envie de jouer. Vu mon talent, certains aînés m'en ont dissuadé et m'ont orienté vers l'AC Kuya où j'ai ensuite commencé à m'entraîner.

 Quelle place donnez-vous à Jeannot Binanu ?

RTS : C'est le président et l'homme à tout faire de l'équipe de l'AC Kuya. Il m'a encadré dans son moule pour que je sois ce je suis aujourd'hui. Celui qui m’a transité par Dragons Bilima, Arc-en-ciel, Daring avant d'atterrir dans V. Club. Il a eu le flirt et le coup d'œil d'un avisé et d'expert pour dénicher le talent caché en moi et m’orienter. Par gratitude et reconnaissance, je lui dois toute ma carrière sportive. Jeannot Binanu est un monsieur et un vrai opérateur sportif qui, malgré ses multiples occupations, s’est consacré pour l'encadrement de la jeunesse. L'AC Kuya restera, à jamais, ma maison parentale. D'ailleurs, bien qu'évoluant dans V.Club, je garde un contact régulier avec lui-même s'il y a eu du chaud et du froid, comme il y en a dans toute société humaine. De temps à autre, je l'appelle au téléphone et des fois, je lui adresse des messages.

Y a-t-il eu une évolution dans votre façon de jouer depuis Kuya ?

RTS : Dans l'intervalle de mon passage de Kuya à V. Club, j'ai transité par l'AS Dragons Bilima, le SC Arc-en-ciel et le Daring Club Motema Pembe sans oublier le petit détour à Jadida au Maroc, plus je grandis, plus je gagne en maturité et en expérience dans ma façon de jouer. La seule différence est que : dans l’AC Kuya, à l'Entente Lipopo, nous jouions sur des terrains sablonneux. Ce qui influait beaucoup sur notre prestation tant individuelle que collective. Mais, à force de jouer sur une surface synthétique, il y a eu des changements positifs et remarquables. Chacun des clubs où je suis passé a eu une influence dans mon jeu, du fait que chaque entraîneur que j’ai pu rencontrer a ajouté un plus en moi. A chaque étape de ma carrière, je considère que je monte d'échelon. Je tiens à faire remarquer, qu'en son temps, dans l'AC Kuya, je pratiquais un football de jeunesse, sans aucun regard personnel pour l'avenir. En fait, je jouais pour mon propre plaisir dans le sens de l'art pour l'art. Mais, à présent, chaque fois que je foule l'aire de jeu pour un match de football, je joue plus en responsable. Car, c'est pour la vie que je le fais sachant que la carrière active de tout joueur est éphémère. Pour l'instant, je joue pour gagner ma vie tout en donnant du plaisir au public.

Vous avez joué juste trois matches sous les couleurs de V. Club. Quel bilan pouvez-vous en dresser ?

RTS : C'est très insignifiant mais c'est déjà quelque chose. Au lieu de m'y attarder, je préfère donner rendez-vous à tous les Moscovites la saison prochaine. J'ose croire que je pourrai bien exprimer pour leur donner du plaisir. J'ai foi en moi. Dieu aidant, nous ferons de bonne chose surtout que l'ambiance est au beau fixe entre les dirigeants, le staff technique, ainsi qu'entre tous les joueurs : jeunes et aînés. Et, je ne cesse de bosser dur pour élever mon niveau de jeu.

Parmi ces trois rencontres, on ne peut oublier celle entre V.Club et Don Bosco ponctuée d'un penalty que vous avez joué en deux temps. Qu'en dites-vous ?

RTS : Nous ne l'avons pas préparé à l'entraînement et ce n'était nullement un hasard si nous l'avions exécuté de cette manière. Mais déjà, le matin de ce match contre Don Bosco, comme par prémonition, j'avais avisé Fiston Kalala de ce scénario à mettre en place au cas où V.Club bénéficiait d'un penalty au cours de ce match. C'est ce qui s'était passé. L'initiative est de moi. Ni l'entraîneur, ni les autres co-équipiers n'en savaient plus que Fiston Kalala et moi, les seuls détenteurs du secret de ce penalty, exécuté en deux temps."

Que ce serait-il passé si c'était un échec ?

RTS : Il m’est difficile de me mettre dans la tête de l'entraîneur ou du public, en cas d'échec. Cela est du ressort du joueur qui s'exprime en toute responsabilité, sur le terrain, loin du banc où se trouve le staff technique. Comme on n'a pas raté le coche, prenons donc les choses du bon côté. D'ailleurs, tous les gestes et actes, réussis ou pas, posés par les joueurs sur le terrain, ne viennent pas forcément du banc.

Je me félicite de la mission bien accomplie et de la réussite de ce penalty. Pour le public, cela paraît nouveau, car cela a produit l'effet d'une surprise. Il est toujours bon de copier les bonnes pratiques expérimentées par d’autres. Comme tout le monde, je suis friand du football et des championnats européens dont les matches sont diffusés, à foison, par des chaînes de télévisions câblées. C'est avec un œil sculpteur de footballeur, que je suis, avec attention, les différents gestes techniques exploités par les joueurs professionnels afin de les appliquer un jour, pour au mieux améliorer, si possible, mon football et bien le vendre au public. En fait, j'ai voulu innover en imitant ce que Lionel Messi avait fait dans un match de la Liga espagnole au cours duquel il a fait marquer un but à son co-équipier, Luis Suarez. Dans la vie, on apprend chaque jour d'autant que rien n'est définitif. Et vous avez bien vu combien le public était très content ce jour-là avec les commentaires sur toutes les lèvres.

Ce geste est resté à jamais historique

RTS : Historique, ce geste l'est. Mais ce penalty joué à deux avec la complicité de Fiston Kalala Mayele n'est pas une première pour moi. D'ailleurs, pour information, je ne suis pas à ma première expérience d'un penalty joué à deux. J'en avais déjà été auteur au Daring Club Motema Pembe avec l'implication de Francis Kazadi Kasengu, aujourd'hui, au Maroc.

Le penalty en deux temps, comme je l'ai dit plus haut, ressemble à une arme destructive qui ne rate pas et ne pardonne pas les gardiens adverses qui sont, eux-mêmes, les premiers surpris. A ce que je sache, à ce jour, jamais, un penalty joué en deux n'a raté. C'est toujours 100% de réussite.

Que pensez-vous de l'opinion selon laquelle, certains joueurs congolais suivent les matches des championnats étrangers sans en tirer des leçons pour leur carrière ?

RTS : Je m'inscris en faux contre cette opinion selon laquelle, les joueurs congolais locaux n'ont jamais suivi, de façon intéressée, les rencontres de grands championnats étrangers et sont, par ricochet, incapables d'en tirer des enseignements positifs. J'inscris ces deux penalties en deux temps sur le compte de mes trouvailles personnelles. J'ose croire que d'autres joueurs locaux ont, de temps en temps, chacun de son côté, eu l'occasion de tirer une quelconque leçon de la ribambelle de matches des championnats européens diffusés, en direct ou en différé, par des chaînes des chaînes de télévision. En ce qui me concerne, j'y ai toujours pris beaucoup d'intérêts.

En 2014, l'équipe d'Arc-en-ciel était championne de l'Epfkin. C'était un titre pour l'honneur et pour rien.

RTS : C'était une très belle saison qui a coïncidé avec la première saison de l'Epfkin. Les dirigeants d'AEC n'avaient pas lésiné sur les moyens pour, non seulement assurer un recrutement mais en organisant un stage de préparation onéreux en Tunisie. Ce titre est la conjugaison de plusieurs facteurs dont une entente de famille qui a prévalu entre tous les joueurs et le staff technique soignés aux petits oignons avec un salaire et des primes consistants et réguliers. Que de motivation pour tout le monde. Les joueurs rêvaient, tous, d'aller bousculer la hiérarchie à la Linafoot. Malheureusement, c'était sans compter avec l'agenda caché des dirigeants de cette équipe de Livulu dont le titre a coïncidé avec son retour à la fournaise des parcs auquel tous ont assisté impuissants. Le destin en avait décidé autrement.

Quel est ce joueur, au pays et à l'extérieur, que vous considérez comme votre idole ?

RTS : Au pays, c'est Trésor Mputu Mabi du Tout Puissant Mazembe. A l'extérieur, il s'agit du Brésilien Neymar Junior. Par leur façon de jouer, ils n'ont jamais cessé de me fasciner.

Qu'elles sont vos ambitions personnelles pour les Léopards ?

RTS : Au-delà du titre du Chan 2016, je me dis que je n'ai encore rien fait pour l’équipe nationale. Dès la saison prochaine, je vais bosser dur dans l'espoir de frapper, chaque fois dans l'œil du sélectionneur principal.